Madame Ordinaire

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De l'amour et des mathématiques

De l'amour et des mathématiques

Lorsque nous avons su que nous allions être parents pour la deuxième fois, les doutes et les interrogations étaient forcément au rendez-vous mais cette fois ils étaient bien différents de ceux que nous avions ressentis lors de notre première attente.

 

Dès le début, nous savions que l'une des premières personnes à connaître la nouvelle serait Miss N. car, malgré ses seize mois, elle était parmi les premières personnes concernée par les changements à venir. Nous avons essayé de lui dire les choses simplement mais sans tomber dans l'excès car la notion du temps pour elle était encore assez abstraite.

 

Au fil des mois nous lui parlions des échographies, nous préparions avec elle les affaires destinées au Bébé et nous lui racontions aussi sa propre histoire ainsi que notre attente pour elle. Lorsque nous avons su que ce deuxième Bébé était une petite fille, nous avons acheté un livre qui nous a permis d'illustrer nos explications.

 

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D'un autre côté, il y avait aussi cette grande interrogation que je m'efforçais de faire taire en me répétant que "L'amour ne se partage pas, il se multiplie". Je me demandais comment il allait être possible d'aimer aussi fort un autre enfant en sachant à quel point mon amour pour notre première Princesse était fort et ce que je craignais était bien davantage sa réaction à elle, une fois sa petite soeur parmi nous.

 

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Dans son ouvrage intitulé La maternidad y el encuentro con la propia sombra (La maternité et la rencontre avec notre ombre), dont j'aurai certainement l'occasion de reparler, Laura Gutman nous dit:

 

"Il n'y a aucune raison pour que nos enfants souffrent au moment de la naissance d'un petit frère / d'une petite soeur. Au contraire, c'est un cadeau pour tout le monde. Si leur conduite nous inquiète, il nous faudra être moins hostiles et savoir recevoir ce qu'ils ont eux aussi à nous donner. Dans le coeur de nos enfants, il y a toujours de la place pour la tendresse".

 

Mais alors, pourquoi parle-t-on toujours de la "jalousie" d'un aîné lorsqu'il perd sa place d'enfant unique? Je suis moi-même l'aînée d'une fratrie de quatre et je ne crois pas avoir toujours bien vécu l'arrivée de mes frères et soeur...

 

"Les adultes partent du concept qu'un enfant sera forcément jaloux du petit frère / de la petite soeur qui vient de naître. C'est pourquoi n'importe quelle attitude ou conduite indésirable débouchera sur l'interprétation tant attendue de la jalousie. Cependant, nous apprenons à être jaloux (à soustraire) ou nous apprenons à aimer (à additionner) selon les modèles de communication."

 

Je me souviendrai toujours de ces larmes versées par Miss N. la première fois qu'elle a vu sa petite soeur dans mes bras à la maternité. Je me souviens de ce mélange de sentiments que j'ai ressenti à ce moment là. J'étais à la fois sous le charme de ce Bébé que je venais de découvrir mais je me sentais coupable de la tristesse de notre petite devenue si grande tout à coup...

     

Laura Gutman souligne qu'il est important de reconnaître ces sentiments ambivalents engendrés par la naissance d'un autre enfant (comme tous les bouleversements que nous pouvons vivre) et qu'il faut admettre la difficulté qu'il y a d'aimer équitativement à plusieurs enfants.

 

"Parfois la sensation de plaisir est associée à celle de la peur, la joie à celle de l'inquiétude, etc. Ces sentiments contradictoires sont légitimes. Le problème est que nous avons tendance à nous attribuer les aspects positifs tandis que nous reportons sur notre aîné les aspects négatifs. De cette façon, celui qui est jaloux est toujours l'autre, celui qui se comporte mal, celui qui est impatient ou ennuyeux est toujours l'enfant".

 

Ces quelques lignes m'ont interpellée car cela voudrait dire que nous attribuons (à tort) à la naissance de ce nouvel enfant la "jalousie" de son aîné(e).

 

Mais alors, que se passe-t-il si l'enfant est réellement insupportable après la naissance d'un autre enfant?

 

Je me rappelle de chaque détail de notre sortie de la maternité. Miss N. avait renversé les sacs que j'avais préparés avec nos affaires, elle ne faisait qu'ouvrir la porte de notre chambre pour partir hurler dans le couloir, elle s'était trainée par terre dans le parking souterrain de l'hôpital, elle avait crié pendant tout le trajet dans la voiture, etc...

 

Pour toute la famille, l'arrivée de ce nouveau Bébé signifie un changement brutal de la routine établie. Pour que cela se fasse dans les meilleurs conditions possibles, il faudrait aider l'aîné à trouver la place qui lui correspond désormais, celle de grand frère / grande soeur qui peut, selon ses capacités, s'occuper du Bébé (apporter une couche, sortir une paire de chaussettes du tiroir, faire marcher la boîte à musique...).

À l'inverse, beaucoup de parents auraient tendance à "compenser" ce temps qu'ils ne peuvent plus consacrer à leur premier enfant par des objets matériels. Cependant, Laura Gutman considère que "au lieu de toujours chercher ce que l'enfant veut recevoir, en le couvrant de cadeaux et en cédant à toutes ses demandes, mieux vaut le mettre en position d'offrir".

 

"Aimer c'est donner, c'est accompagner l'autre sur le chemin de son développement personnel"

 

Pour ce qui est de notre expérience, dans la mesure du possible nous faisions participer Miss N. aux soins de sa petite soeur mais nous avions à coeur de passer du temps exclusivement avec elle, bien que ce soit forcément à tour de rôle.

 

La seule erreur que je m'efforce de corriger au quotidien est cette fâcheuse manie que j'ai (et qu'il a aussi) de trop souvent protéger Petite I. des affronts de sa grande soeur. J'ai bien du mal à faire la différence entre son désir de jouer et celui de faire du mal. Elle est très souvent brute et depuis son entrée à l'école, les gestes violents sont bien trop présents (coups de pieds, tirage de vêtements, crachements, etc...). Je ne veux cependant pas que cette habitude perdure car je ne tiens pas à être l'arbitre de leurs relations...

 

 

"La naissance d'un deuxième enfant mérite une prise de conscience pour la mère car, du fait qu'il y ait deux enfants, nous projetons notre polarité croyant que l'un des deux est bon et l'autre mauvais, que l'un des deux est calme et l'autre agité, que l'un des deux est intelligent et l'autre fainéant, que l'un sera riche et l'autre pauvre. Des années plus tard il risque d'y avoir des rivalités entre ces frères / soeurs qui se disputeront l'amour de leurs parents".

 

 

Pour conclure, je dirais que nous vivons certainement différemment la naissance d'un autre enfant selon notre propre vécu ainsi que celui de notre partenaire mais que dans tous les cas ce choix d'avoir plusieurs enfants répond à un réel désir de partage, de fraternité et de générosité. Comme il a été dit plus haut, "l'amour ne se divise pas, il se multiplie", cette addition de tendresse ne peut que développer ces vertus dont les bases sont à établir dès l'enfance.

 

Ce billet est ma participation pour la 22ème semaine des Vendredis Intellos!

 

Edit. Sur le même sujet vous pouvez lire la contribution de Julie Chall ainsi que celles de Vaalos.


Edit 2. J'ajoute également la contribution de Cécilie dont le titre "Comment l'aîné perçoit son cadet" complète ma réflexion d'aujourd'hui.


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